09/09/2015

Qu'est ce une belle montre?

Une manufacture maîtrise, en théorie, tous les niveaux de fabrication d’une montre. Dans les faits, rares sont celles qui y parviennent à 100%. Après avoir risqué de disparaître au tournant des années 70 avec la révolution du quartz, l’industrie horlogère suisse a su s’adapter au xxie siècle, entre artisanat et marketing.

1129971-1448916.jpg?v=1289478804


Le dictionnaire horloger de référence, le Berner, donne une définition du mot « manufacture » qui, d’emblée en souligne toute l’ambiguïté. « Dans l’horlogerie suisse », y est-il écrit, « on désigne sous le nom de manufacture les fabriques qui font la montre à peu près entièrement, par opposition aux ateliers de terminage dans lesquels on ne fait que le remontage, le réglage, le posage d’aiguilles, l’emboîtage. »

On ne peut s’empêcher de sourire en lisant cet approximatif « à peu près entièrement » car tout l’enjeu de la manufacture se trouve précisément ramassé dans ce mince espace qui sépare l’à-peu-près de l’entièrement, un espace qui permet toutes les interprétations, un interstice dans lequel s’engouffrent tous les prétendants. Comme le dit Philippe Stern, président de l’entreprise familiale Patek Philippe, sans doute la plus rigoureuse manufacture suisse, « nous n’utilisons pas le mot manufacture comme un argument marketing car il n’y a pas de définition de ce terme. C’est une notion qui est trop vague ».
Et qui, par ailleurs, pourrait se targuer de maîtriser « l’entièrement »... ?

 

Une montre qui vaut de l'or ou racheté a son poids en or?



Elle peut même avoir de très sérieuses résonances sonnantes et trébuchantes. Car le mot « manufacture » est nimbé d’une auréole de prestige et d’ancienneté, valeurs dont les hommes de marketing raffolent. C'est la différence qui marquera le prix d’occasion de la montre, entre celle rachetée a son poids d'or dans une boutique d'achat d'or et celle, de  prestige millésimé, qui plus est estampillé « manufacture », vous distingue d’emblée qui l’élève au-dessus des montres roturières. Comme l’indique son nom, une « montre de manufacture » serait (idéalement) le produit d’un établissement où l’on aurait à cœur de respecter la tradition de la « bonne facture » et où la main conserverait encore toute son importance.

Les aspirants à ce titre convoité se bousculent donc, s’accordant avec largesse son bénéfice. « Nous avons vécu une période au cours de laquelle tout le monde a voulu revendiquer le titre de manufacture, explique Jérôme Lambert, président de la manufacture Jaeger-LeCoultre, mais cette vague qui a englouti l’horlogerie suisse est en train de se retirer car la plupart des prétendants se sont rendus compte que se positionner comme tel leur coûtait une fortune. »

Il est vrai que dans cette mêlée, on trouve, ou on trouvait, de tout. Et il n’est pas toujours facile, pour le consommateur même averti, de distinguer la fable, du fait historique, la coquille presque vide, du mouvement intégralement réalisé par la main d’un maître-horloger.
Mais tentons néanmoins d’y voir un peu plus clair.

« Il existe effectivement plusieurs définitions de la manufacture, confirme toujours Jérôme Lambert. La définition structurelle et stricte se base sur le taux d’intégration verticale. Plus on approche d’une maîtrise à 100 % plus on est une manufacture. Il faut pouvoir concevoir, développer, réaliser et contrôler tous les éléments d’une montre, si possible sous un même toit. Ce que nous faisons chez Jaeger-LeCoultre, à l’exception des verres saphir. »

Philippe Stern y ajoute un élément supplémentaire : la distribution. A ses yeux, une manufacture doit avoir « la capacité de rechercher, développer, produire tous ses composants et distribuer ses produits. C’est un tout qui exige énormément d’expérience et qui se définit par le long terme ».
Soyons donc plus sévères que le Berner et essayons, comme ça, pour le jeu, d’attribuer la qualité de manufacture aux seules maisons capables de tout faire, ou presque... Une vraie peau de chagrin. Qui, parmi les labels les plus prestigieux de la haute horlogerie pourrait encore prétendre à ce titre ? Qui est capable de fabriquer intégralement ses propres mouvements comme son propre habillage, ses aiguilles, son cadran, voire son verre saphir, ou ses bracelets ?

La réponse est simple : personne !



Personne sauf, et encore, le Swatch Group, pris dans son ensemble. Grâce à son réseau d’établissements industriels, le groupe de Nicolas Hayek maîtrise la fabrication de la totalité des composants d’une montre. Et, surtout, seul le Swatch Group maîtrise la fabrication au niveau industriel d’un élément clé que l’on trouve au coeur de tout mouvement : le fameux spiral. Ce très fin ressort à la métallurgie complexe contient l’énergie délivrée par son « remontage » manuel ou automatique et la redistribue sous forme d’oscillations au balancier avec constance et régularité. A plus de 90 %, toute l’horlogerie mécanique dépend des livraisons de spiraux produits par le Swatch Group.

Seul Rolex qui vient d’annoncer la fusion de ses deux unités de Bienne et de Genève pourrait à peu près se targuer d’une autonomie comparable.
Fort bien. Mais c’est oublier que le mot manufacture est pour moitié composé de l’ablatif du latin manus, « la main ».
« Je ne suis pas à la tête d’une manufacture mais d’un atelier d’horlogerie », affirme François-Paul Journe, que la profession, admirative, qualifie souvent de « Breguet du XXIe siècle ». « Ça ne me pose aucun problème de le dire car l’horlogerie de haut de gamme va de pair, à mes yeux, avec l’aspect artisanal. Or la manufacture est, dans le secteur horloger helvétique, une notion très industrielle. Elle a perdu son sens original de fait à la main. »

Accordons ce bonus à la manus, d’autant plus volontiers que l’intégration verticale n’est pas toujours un gage de qualité absolue. C’est le même François-Paul Journe qui l’affirme : « Idéalement, une manufacture devrait être capable de faire presque tout mais ce n’est économiquement pas rentable. Et quand on est un généraliste, on ne parvient pas à fabriquer l’ensemble des composants aussi parfaitement que le font les spécialistes. L’extrême petitesse des composants est la principale difficulté rencontrée en horlogerie. C’est bien simple, seuls sont bons, par exemple dans la fabrication des engrenages, ceux qui ne font que ça. On peut donc affirmer que non seulement la manufacture n’existe pas mais que ce serait économiquement stupide de la faire. »

Sur le point de l’intégration, au moins, Journe est d’accord avec Nicolas Hayek quand celui-ci nous déclare qu’« être une manufacture n’est pas une question d’exhaustivité. Il n’est pas nécessaire de tout faire, à 100 %, mais une manufacture doit impérativement être capable de concevoir et de maîtriser la production exclusive de ses propres mouvements. Or on oublie souvent que le mouvement est pour ainsi dire la partie la plus belle et sophistiquée d’une montre de haute horlogerie. Qui maîtrise la technique doit maîtriser l’artistique. »

|

22/03/2015

Cœurs en ligne

A la recherche du grand amour ou d'amis partageant les mêmes centres d'intérêt ? Les sites de rencontres en ligne vous mettent en contact avec des millions de partenaires potentiels. Et plus si affinités...

coeur-en-ligne.jpg


Oublié les poussiéreuses agences matrimoniales ou les délicates techniques d'approche pour aborder son ou sa future promise dans l'ambiance assourdissante d'une discothèque. Sur www.meetic.fr, leader européen des rencontres par internet, la recherche de l'âme soeur, par exemple dans la catégorie «homme de 30 ans habitant en Région Provence-Alpes-Côte d'Azur», donne droit à 691 réponses (plus d'un millier à Paris), photos et présentations à l'appui. Le constat s'avère similaire du côté de la gente féminine.


Bénéficiant d'un succès croissant depuis quelques années, ce type de rencontre apporte un outil supplémentaire aux célibataires en quête d'affection. En quelques minutes, inscription comprise, on accède à des centaines de profils que l'on peut contacter par e-mail et ainsi débuter une relation de correspondance électronique pour vérifier ses affinités. L'opération débouche parfois sur un échange de numéro de téléphone, voire un rendez-vous. Meetic.fr concentre 53,1% de part d'audience en France (23,95% en Europe), soit 819 000 personnes connectées sur le mois de juin. Le groupe revendique 13,9 millions de profils en Europe, devant le site Match.com. Plus de 36 000 personnes seraient connectées chaque soir en France, donnant lieu à l'échange de quelque 45 millions d'e-mails par mois et 8 000 messages instantanés par minute. La tranche d'âge la plus représentée se situe autour de 25-30 ans, période de la vie où l'on cherche à s'engager. La parité n'est pas encore respectée, puisque l'on trouve autour de 60% d'hommes connectés pour 40% de femmes.


De l'épouse délaissée au séducteur invétéré en passant par l'âme solitaire à la recherche de relations amicales, l'agence en ligne répond à un besoin profond d'échange avec les autres dans une société de plus en plus marquée par l'individualisme. Plus de la moitié des Français reconnaissent aujourd'hui la difficulté de se faire de nouveaux amis (54%) ou de construire un projet de vie à deux (52%), d'après un étude réalisée par TNS Sofres en 2014. Près de 67% d'entre eux n'estiment pas choquant de se marier avec quelqu'un rencontré sur internet. L'aménagement ordonné du hasard n'est plus tabou. L'internaute bénéficie en outre d'une image de modernité (30%) et d'ouverture (16%). Au chapitre des avantages apportés par le net, le côté pratique des sites arrive en tête avec 76% des suffrages. Les démarches s'avèrent en effet nettement plus aisées que dans les agences traditionnelles. Malgré tout, 66% des internautes disent redouter ce type de rencontre, avec son cortège d'interrogations : sur qui vais-je tomber ? Est-ce que c'est dangereux ? Une inquiétude qui n'empêche pas 57% des gens consultés d'envisager de façon positive l'adoption d'une telle solution.


Gratuit ou payant ?

Dans ce monde virtuel, chacun peut s'inventer une nouvelle identité et jouer librement avec ses fantasmes. Rien ne trahit en apparence le fait que l'on soit déjà marié ou que l'on ne corresponde pas à la description avantageuse que l'on a faite de soi. Attention aux déceptions. De surcroît, cette tendance au zapping amoureux face à une profusion quasi inépuisable de profils peut donner le vertige, voire conduire à l’écœurement, comme l'a souligné l'un des auteurs d'une enquête sur le sujet réalisée par l'UFC-Que Choisir.


Les seniors, qui apparaissent de plus en plus actifs sur la toile, ne sont pas en reste. Et ce, malgré la fracture numérique qui continue de les pénaliser dans l'utilisation du web. En janvier 2014, 18% des 26 millions d'internautes ayant pratiqué les sites américains de rencontres étaient âgés de plus de 55 ans, rapporte Nielsen/NetRatings. Un ratio en augmentation de 16,75% par rapport à l'année précédente. Sur Match.com, si vous recherchez un homme de 55 ans exactement, vivant en région parisienne, vous obtenez 180 réponses. Entre 70 et 75 ans, seuls 12 profils restent en compétition, mais témoignent néanmoins d'une présence assidue. Meetic.fr, qui revendique 26% d'abonnés de plus de 40 ans, vient de lancer Ulteem (ulteem.meetic.fr), un service destiné aux seniors, basé sur des profils psychologiques plutôt que des critères factuels (taille, couleur des yeux...). Si, traditionnellement, l'usager opère lui-même la sélection, Ulteem se charge de mettre en relation les personnes présentant des affinités. Un peu comme une agence matrimoniale classique.



Malheureusement, sur les sites payants, le célibataire est devenu une valeur marchande, parfois traquée selon des pratiques douteuses. l'UFC-Que Choisir a mis en exergue quelques excès sans doute issus de l'héritage du Minitel rose. Par exemple, il convient généralement de remplir une fiche d'inscription pour pouvoir accéder aux tarifs. Cela permet aux sites de gonfler artificiellement leurs bases de données. En outre, lors d'un abonnement pour plusieurs mois, le paiement est réalisé par carte de crédit, et donc avec renseignements de ses coordonnées bancaires. Il n'est pas rare de se voir réabonné automatiquement.

Meetic a décidé de capitaliser sur cette manne émergente propulsée par l'essor des nouvelles technologies. Son service s'étend désormais au monde du téléphone mobile. La société revendique des dizaines de milliers d'utilisateurs qui prolongent les joies du chat (discussion écrite en ligne) sur les réseaux wap et i-Mode (internet sur téléphone mobile). Le service représente 3% de son chiffre d'affaires.


Dans un autre genre, mais avec des perspectives financières alléchantes, Myspace.com offre à ses utilisateurs l'opportunité de nouer des liens en ligne selon leurs centres d'intérêt. Pas d'histoires de coeur ici, plutôt des communautés de membres réunis autour d'affinités pour la musique, la technologie ou internet. Rachetée par le groupe News Corp, l'entreprise affiche 40 millions de membres dans le monde. Un marché publicitaire juteux devancé uniquement par Yahoo et MSN. Ces réseaux sociaux sont essentiellement constitués de jeunes gens âgés de moins de 35 ans, technophiles et adeptes du partage en ligne. On y échange textes, photos, vidéos, musiques...

Contre toute attente, internet s'éloigne de l'image redoutée de la bulle solitaire coupée du monde. Le réseau des réseaux semble peu à peu se substituer aux bistrots de quartier et autres lieux où l'on se croisait jadis. Il devient un vecteur de communication et de rencontre avec ses avantages et ses inconvénients. A chacun d'évaluer les risques en gardant en tête que, sur internet comme dans la vie, rien n'est jamais vraiment gratuit !

Les principaux sites : www.meetic.fr ; fr.match.com ; www.serencontrer.com ; www.netclub.fr ; www.myspace.com

|